Quelle symphonie pour un nouveau monde

Que nous arrive-t-il ?
lundi 27 avril 2020
par  Roger Nifle
popularité : 43%

Le changement de paradigme et l’émergence du paradigme humain communautaire

Quelle symphonie pour un nouveau monde ?
15 Avril 2020

1- Que nous est-il arrivé ?

Le « nous » c’est l’humanité, la communauté des humains, la communauté monde et les multiples communautés qui font la condition humaine.

Un nouveau monde a surgi et un ancien monde s’est éteint comme on éteint la lumière. Plus de 4 milliards d’êtres humains sont confinés à ce jour et une grande part des activités humaines est stoppée. En même temps une vitalité, une créativité sans précédents, à travers les multiples réseaux, anime des familles, des groupes, des territoires, des pays, des nations et même des ensembles de nations jusqu’au monde entier.

Alors on voit chaque communauté chercher sa voie se consolider : con-solidarité pour confinés, pendant que des drames se trament.

Faut-il effacer l’évènement ? Impossible. Seulement le subir ? Non, d’abord le comprendre.

L’humanité vient de franchir un cap, un monde est quasiment mort un autre naît. D’autres tentatives latérales se manifestent mais l’essentiel est de cultiver ce nouveau monde cette humanité qui se rassemble en communautés de toutes tailles, engagées dans la recherche de leur bien commun, son Sens et son accomplissement.

Pour connaître les phénomènes humains il faut connaitre l’humanité de l’homme et ses quêtes de Sens. C’est une des faiblesses du monde ancien.

Quel nouveau paradigme vient d’émerger. Lequel vient de s’éteindre, à peine développé. Lesquels tentent de sauver les meubles, rôles et institutions.

Le changement de paradigme, et l’émergence du paradigme humain communautaire.

La notion de paradigme est banalisée, intuitive et souvent sans consistance. Il nous faut ici poser quelque jalons pour comprendre de quoi il s’agit et qu’est-ce qui est en jeu dans ce « changement de paradigme ». Les ressources en la matière de l’Humanisme méthodologique sont mobilisée

Il faut commencer par quelques définitions peu familières. Un paradigme est, sur le fond, une posture humaine avec simultanément trois dimensions :

L’orientation d’un regard sur le monde qui le dessine à nos yeux. C’est la dimension épistémologique à laquelle était souvent réduite la notion de paradigme comme modèle de représentation.
Un mode d’action humaine qui se caractérise par un algorithme ou façon d’agir particulière (dimension praxéologique). C’est nouveau et encore peu développé
Des critères de valeurs qui indiquent le Sens du bien. (Dimension axiologique), on en parle souvent sans le lier aux autres dimensions.

Ces trois dimensions sont complémentaires et indissociables pour chaque paradigme mais souvent méconnues ou inconscientes.

Ce qui vient de se produire, de nous arriver c’est principalement l’effondrement d’un monde construit sur un certain paradigme dit « le nouveau paradigme » depuis plusieurs décennies : le paradigme systémiste naturaliste. C’était depuis plusieurs décennies « la nouvelle modernité ». Tout était interprété selon ses dimensions propres. Sa prééminence est toujours attendue pour ne pas changer de monde tout en déclarant le contraire. Mais, en même temps, émerge un autre paradigme, encore peu considéré, le paradigme humain communautaire qui sera développé ici.

Deux autres paradigmes sont aussi emportés dans la chute et déjà déstabilisés et il faut aussi les repérer : le paradigme rationaliste idéaliste et le paradigme de la puissance.

Quelques mots pour ces deux là. Le paradigme de la puissance est fondé sur une forme de paranoïa, fausse vérité, fausse rationalité, que les fakes news incarnent et qui ne reconnaît que la puissance et ses affrontements comme seul moteur du monde humain. Bien sûr, là où l’inquiétude grandit, ce paradigme semble se justifier de toutes ses outrances. L’élimination du mal, du bouc émissaire, y est le critère du bien. Regardons ceux qui dénoncent à tour de bras, ils ont peur de l’autre qui les menace croient-ils. Quête de puissance et dénonciation de celle des autres organisent ce monde là qui existera toujours.

L’autre paradigme est aussi familier le paradigme rationaliste idéaliste. C’est celui de l’ancienne modernité dite « des lumières » qui a fait de la Raison un idéal. Cependant, le principe de conformité qui alimente les conservatismes associés, stérilise, on le voit, toute capacité à réagir à une situation aussi neuve que celle que nous vivons. Il est en train de s’effondrer démontrant son incurie dans de telles situations, singulièrement dans le pays qui s’y est identifié.

Alors il y a l’ex « nouveau paradigme ». Celui là prend différentes formes mais deux en particulier se posent comme ordonnatrices du monde. Ces deux formes semblent s’opposer mais s’accordent sur les principes ceux du « systémisme naturaliste ». Pour les deux le monde doit répondre aux lois du système naturel, économique pour les uns écologique pour les autres. Mais, avec « l’éco » on oublie qu’il s’agit de « la maison commune ».

Les règles de l’économie sont supposées là répondre à des lois naturelles universelles dont il faut profiter (profits, consumérisme) alors que les principes de l’écologie se fondent eux dans les lois universelles de la nature à préserver, sauf à voir le monde s’effondrer. Ennemis complices ? Différents auteurs y songent. L’économie de marché généralisée fonctionnerait selon des lois systémiques universelles alors que l’écologie y voit une perturbation des lois systémiques universelles de la nature. La convergence était en marche.

Nota : ne pas confondre le systémisme et la théorie des systèmes qui n’est qu’un instrument de réflexion, pas une réalité effective.

Chaque paradigme est une posture qui nous donne une vision du monde, de l’agir et du devenir humain qui nous paraissent alors uniques et imparables. Chaque posture ignore les autres et en perçoit les signes comme perturbateurs et erronés. Seul la paradigme humain communautaire, avec le discernement du Sens du bien commun, peut aussi envisager les autres Sens que véhiculent d’autres paradigmes.

Le paradigme humain communautaire sous-tend un monde, humain de part en part. Michel Serres, visionnaire incompris, l’annonçait déjà dans son ouvrage : « Hominescence ». Une autre vision de ce passage est celle d’un seuil de maturescence, accès à un âge du Sens, âge d’homme, âge des communautés de Sens.

Le paradigme humain communautaire.

On va passer en revue les trois dimensions de tous paradigme.

Sur le plan de la connaissance (épistémologie). Toute expérience est expérience humaine et ce dans une communauté de co-existence. Chaque personne à un moment donné se trouve inscrite dans une communauté où son existence individuelle se présente dans un monde commun. Ce monde commun intègre : des éléments qui le composent, des aspirations communes, une histoire commune où chacun trouve une place pour son histoire personnelle. Ce monde commun comporte évènements, comportements collectifs, identités et langages communs, représentations et modèles communs, sensibilités et sentiments partagés. Les communautés humaines ne sont pas homogènes et sont susceptibles chacune de changer d’orientation mais aussi de se développer et de grandir en maturité comme les hommes qui la constituent. Tout cela caractérise la culture propre à la communauté.

Les communautés humaines intègrent aussi d’autres communautés et participent à des communautés plus larges. Pour les hommes, si une propension à vivre dans sa ou ses communautés d’origine est prégnante il est aussi possible de changer de communauté et ainsi changer de vie et de monde.

Notons ici que ces communautés sont traditionnellement la famille, le groupe local, quartier, commune par exemple, des territoires plus larges, régions jusqu’aux nations et des communautés internationales, continents par exemple. Chaque communauté porte son monde, culturel et les hommes qui la constituent dans son actualité mais aussi dans son histoire. Puisque toute existence, toute réalité est réalité d’expérience humaine, les réalités humaines individuelles le sont aussi.

Sur le plan des pratiques humaines (praxéologie). Les communautés cultivent leur existence selon tel ou tel Sens où elles sont orientées. La culture est ici l’acte de développer son existence. Dans la mesure où elle se trouve engagée dans son développement alors la communauté développe des pratiques qui s’inscrivent dans un processus qui lui est propre, son algorithme culturel. Chaque culture a sa manière de faire, privilégiée. Il est vrai qu’un certain universalisme a considéré que les moyens d’agir devaient être universels et uniformes. C’est le cas du paradigme rationaliste mais aussi celui du systémisme naturaliste. Il sont donc a-culturels et par suite dépersonnalisants. Pendant que des techniques apparaissent comme universelles et masquent les singularités, les façons culturelles sont ignorées, méconnues, dévaluées sinon combattues.
Or ce sont les façons d’agir culturelles qui sont fécondes et créatrices dans toutes les communautés humaines et à toutes les échelles.

Dans cette mutation de civilisation, naissance d’un nouveau monde, les normalisations à outrance, les accumulations de puissance et les systématismes systémiques sont le problème et pas la solution.

Sur le plan des valeurs humaines (axiologie). On notera qu’il s’agit toujours ici de valeurs de nature humaine. Pour le paradigme humain communautaire, les valeurs sont (ne sont que) des indicateurs du Sens du bien commun propre à chaque communauté. Ces indicateurs sont toujours circonstanciés et pas absolus. Ils sont culturels et propres à la communauté et ce à toutes les échelles : monde, communautés de nations, nations, territoires, familles et les multiples communautés de proximité humaine à distance (ex : sur internet comme cela explose maintenant).

Le Sens du bien, commun, est propre à chaque communauté, parmi d’autres Sens. D’autres tendances y sont aussi à l’œuvre qui ne sont pas celles du bien humain. Donc discerner et identifier le Sens du bien (commun) est un enjeu majeur de toute communauté.

Le bien est ce qui qualifie l’horizon du développement humain, une figure du bien humain. C’est par exemple l’empowerment ou autonomisation, comme visée et chemin. Il se traduit aussi par une échelle des âges de maturité humaine, ceux des personnes comme des communautés, les uns par les autres. Ainsi le bien commun est-il issu du bien personnel et le bien personnel se justifie par le bien commun. Le bien, dont les valeurs sont les indicateurs, n’est pas un état ou une chose mais la visée d’un devenir personnel et communautaire, l’un par l’autre. Enfin faut-il encore préciser que le commun est ce qui est communautaire ?

Ainsi chaque communauté humaine est celle d’un monde propre dont les individus font partie. Les personnes humaines la constituent. Elle est aux prises avec le développement de sa maturité selon un Sens du bien commun parmi d’autres Sens. Elle est appelée à cultiver ces valeurs développant une certaine civilisation (ou culture) sur une échelle des maturités humaines. Chaque communauté rassemble d’autres communautés et s’inscrit dans d’autres communautés dont les personnes sont aussi fondatrices, épousant des réalités culturelles multiples malgré des stabilités utiles pour le développement personnel.

Il y a une corrélation entre les âges de l’humanité et les paradigmes dominants. Schématiquement, le paradigme de la puissance est souvent l’expression des archaïsmes humains. Le paradigme systémique naturaliste est celui d’une adaptation à des modes de fonctionnement opérationnels posés à priori. Le paradigme rationaliste idéaliste est celui d’une recherche de maitrise mentale des réalités, une intelligence formelle dont malheureusement le Sens est exclu.

Le paradigme humain communautaire se révèle avec une maturité humaine (seuil de maturescence) qui inaugure une autre intelligence, l’intelligence symbolique ou intelligence du Sens.

Nota : les Sens, de nature spirituelle, sont le propre de l’humanité de l’homme dont les communautés humaines sont les incarnations existentielles.
- 
2 - Que nous est-il arrivé ? : les deux mondes

Nous étions en état de crise. Une crise est un moment critique où sont agissants différents courants, chacun étant porté par un paradigme humain. C’est un moment d’instabilité où le pire semble prendre le pas sur les progrès d’humanité que l’ont appelait civilisation. Or c’’est un grande ambivalence qui régnait à l’échelle mondiale.

Le paradigme systémiste naturaliste semblait dominer sous la forme d’une mondialisation universalisante comprise comme la généralisation d’une économie de marché et d’une société de consommation. Les produits de la nature, minéraux, végétaux et animaux et toutes les productions qui en dérivent y compris les plus sophistiquées s’étalent à la surface du monde et tous les pays petit à petit y prennent part.

Et là un arrêt brutal se produit faisant prendre conscience de dépendances incontrôlées. L’humanité même semblait ignorée laissant le pas aux technologies et autres intelligences numériques et mathématiques surnommées intelligence artificielle.

En même temps se trouvait dénoncée la propension humaine à se servir des richesses naturelles en les épuisant ou les polluant mettant la nature en danger à l’échelle de la planète. L’humanité en venait à être comprise comme destructrice et négatrice.

A l’échelle du monde, l’humanité se trouvait ainsi devoir être subordonnée aux systèmes naturels tant pour en profiter (économie de marché) que pour s’y soumettre (écologie planétaire).

Et puis la Nature en viendrait-t-elle à menacer l’humanité. C’est de sa faute disent les uns, on va rétablir les équilibres disent les autres.

Or c’est chaque communauté humaine qui est interpellée dans cet évènement sans précédents à l’échelle du monde et de façon presque simultanée. Bien sûr, les décès et les souffrances mais aussi les disciplines défensives, et les besoins d’urgence suscitent la révolte contre qui passe par là, surtout porteur d’une autorité. En même temps la nouveauté de la situation (confinement notamment) suscite une nouvelle vitalité, une nouvelle conscience de l’humanité, un discernement de ce qui est le bien humain selon les différentes communautés culturelles où il s’inscrit.

Ainsi, aveuglément, les uns veulent remettre en marche leurs croyances systémistes les autres imposer leur loi au nom de la Nature. Ils ont en commun d’ignorer la nature humaine et le Sens du bien commun.

Ce qui nous arrive : la fin d’un monde et de sa trajectoire triomphante, l’émergence d’un autre monde fondé sur la culture de la nature humaine au sein de chaque communauté .

Le temps du paradigme humain communautaire est arrivé. C’est celui d’un autre monde, humain de part en part, où, cependant, le meilleur est à discerner et à cultiver au sein de chaque communauté humaine et des ensembles communautaires.

L’architecture symphonique du nouveau monde

Les statistiques quotidiennes ne nous disent pas ce qui nous arrive, ce qui arrive à notre humanité ni à en prendre la mesure.

Il y a ce qui va mal et qui ne cesse d’être calculé par les experts et il y a ce qui est bien et qui est de plus en plus manifeste dans les comportements collectifs, le sens du collectif grâce notamment aux relations de proximité à distance avec internet et les multiples moyens de relations en ligne.

Alors apparaissent les communautés de partage et de participations à la vie commune. Initiatives, créativité, solidarités, pendant que les technocraties font preuve de leur impuissance aussi bien que les volontés de puissance et les « éco » nomistes ou « éco » logistes dont le systématisme est battu en brèche par la flexibilité des initiatives et leur originalité.

Les communautés se créent se retrouvent se reconnaissent par leur inventivité et la culture de leurs talents singuliers investis dans le Sens du bien commun. Inventer comment vivre ensemble et traiter les problèmes communs est ce qui devient l’activité principale de l’humanité sous l’aiguillon du virus mais la redécouverte des communautés culturelles comme champ d’existence de l’humanité et ce du local au global. On notera à cette occasion qu’il s’agit de communautés locales et des communautés de communautés jusqu’à la communauté monde et non pas de systèmes, micro et macro qui fonctionneraient selon des lois naturelles non humaines.

Ce qui arrive à l’humanité c’est cette mobilisation de son existence communautaire, celle de toutes les affaires humaines. C’est aussi la reconnaissance d’un Sens du bien commun, propre à chacune et qui détermine l’axe de son développement, de son devenir, de sa maturation, de sa culture propre. Comme le rappelle le paradigme cela se traduit pour chaque communauté par une échelle de valeurs. Cela se traduit aussi par une certaine façon d’agir que la notion d’algorithme culturel propose de mettre en évidence mais aussi à mobiliser dans l’action et le développement culturel de chaque communauté. Cela se traduit enfin par une certaine vision du monde et de l’homme : monde de nature humaine, homme - sujet, objet et projet de l’existence individuelle et collective.

L’Humanisme Méthodologique en propose une lecture et une ingénierie humaine de l’action, basée sur les algorithmes communautaires et à propos de toutes les affaires humaines.

La symphonie du monde nouveau est comme cette harmonie différentiée et cette concertation qui font les communautés engagées chacune dans sa culture du bien commun. La métaphore musicale éclaire ce qui nous arrive et en même temps l’infinie diversité des communautés culturelles, leur harmonie propre et aussi commune, et aussi la façon de traiter leurs affaires communes, leur devenir et leur orchestration.

On va ici éclairer différents volets de l’existence des communautés humaines, à toutes les échelles. Bien sûr il y a aussi cette dimension où la transcendance de l’homme l’engage par le biais de ses communautés. C’est encore un autre chapitre de l’âge des communautés de Sens Ce nouvel âge qui structure « l’hominescence » de Michel Serres. Rappelons qu’on certain « New-âge » à porté l’ancien « nouveau paradigme systémiste naturaliste » et son adoration de la Nature, nature des choses première et négatrice d’une nature humaine. L’âge des communautés de Sens avec le paradigme humain renverse le New-âge et sa vision naturaliste quasi religieuse.

L’architecture d’un monde communautaire.

Imaginez. La communauté humaine mondiale.

Elle est faite de près de 8 milliards de personnes mais aussi de ceux qui font son passé. Ce sont des personnes humaines chacune radicalement différentes et toutes semblables. Leur monde est engagé dans différents Sens portés par une intention, consciente ou non, autonome ou sous influence, Sens du bien (humain) commun qui l’entraîne à grandir ou d’autres à régresser avec ses enjeux de puissance ou à s’identifier à telle ou telle abstraction « idéologique » (Rationaliste ou systémiste naturaliste).

Ce Sens commun est la racine d’un « nous » conscience humaine d’un devenir humain dans un monde humain c’est-à-dire un monde d’expérience humaine de part en part.. Ce monde est engagé dans une histoire, celle de l’humanité où d’ailleurs se situe ce passage dans un nouveau monde. Il est engagé dans d’autres histoires selon les Sens dominants ou ceux portés par une part des humains, histoires qui se déroulent, histoires qui se racontent. Dans le monde humain il y a ce qui se passe, se fait et se défait, se construit au fur et à mesure du développement d’une habileté, de moyens, de savoir faire, de techniques, de comportements efficaces. Dans ce monde il y a des représentations mentales, modèles, sciences et pensées mais aussi idéologies, leurres et fictions. Enfin ce monde humain est fait de relations, de rôles, d’affects, d’émotions et de passions humaines.

C’est cette communauté mondiale qui est interpelée par cet événement sans précédents puisqu’intervenant à un âge avancé de son développement humain.

Cette communauté monde est en effet équipée depuis peu de moyens de relations de proximité à distance. Un bouleversement dans la constitution et le développement des communautés humaines.

Cette communauté mondiale, malgré les cynismes, les idéologies, les volontés de puissance et les rationalismes desséchés, partage une même recherche, une même espérance, une même considération de l’altérité communautaire qui forme cette communauté monde.

Alors d’évidence les personnes membres de la communauté monde sont aussi membres de vastes communautés dont les nations sont la réalisation. Il y a aussi ces communautés multinationales comme l’Europe. Les nations sont souvent constituées de communautés régionales mais pas toujours. On peut aussi appeler nations comme aux Caraïbes par exemple, des populations d’une même origine culturelle. Notons que les communautés nationales s’étendent sur des territoires fixes ou pas.

Le rapport communautés territoires est souvent marqué par certaines évolutions de l’humanité dans la période dite moderne.

Voyons toutes ces communautés territoriales, chez nous des communes (tiens seraient-ce des communautés humaines ? Les communautés de communes, les départements, les régions. Voyons comme ce pays et son déni des communautés les a remplacées par des espaces juridiques et administratifs sous la tutelle d‘un État jacobin, spécialité française qui remplace les personnes par des citoyens, entités juridico-administratives sous contrôle.

L’architecture communautaire se tiens par la désignation des communautés malgré leur négation administrative si un sursaut d’humanité le permet. C’est ce qui nous arrive.

Mais s’agissant ici de la communauté française on peut observer que dans ce moment toutes les nations et communautés territoires sont aux prises avec ce dépassement et les remises en question de logiques antérieures. Ce qui arrive aux nations, de façon différenciée, arrive à la communauté monde, comme aux communautés locales. Chacune cultive ses richesses et potentialités, selon sa culture donc.

Il faut rappeler que toute communauté humaine est dotée d’un Sens du bien commun qui lui est propre parmi d’autre Sens qui ne visent pas son bien commun. Se développer selon ce Sens du bien commun c’est pour la communauté grandir d’un niveau de maturité humaine à un autre en passant par des seuils de maturité. C’est ce qui nous arrive, après d’autres temps, d’autres âges.

Mais il y’a bien d’autres communautés auxquelles participent tels ou tels, tel ou tel. La famille traditionnellement multi-communautaire avec la création de nouveaux foyers, les cercles, institutions, organisations, associations, etc. aux vocations foisonnantes. Toujours c’est par une proximité humaine que se forment les communautés et l’entretien ces proximités. Or depuis peu les relations de proximité à distance sont considérées comme des relations humaines, relations de nature humaine, relations qui rassemblent les multiples communautés qui forment la communauté monde mais aussi l’existence, complexe, de chaque être humain.

Le choc qui se produit multiplie les relations de proximité à distance tant pour créer et se développer de multiples communautés que pour refonder ou reconsidérer les communautés existantes et la communauté monde.

On se souviendra qu’une communauté existe lorsqu’elle est désignée comme telle ou quand un « nous », conscience commune, se présente avec la culture de son Sens du bien commun.

On notera que les communautés s’influencent réciproquement. Certaines plus matures, d’autres plus fragiles. Ainsi les communautés plus larges peuvent soutenir le développement de communautés plus réduites mais, à l’inverse, des communautés plus restreintes peuvent aider de plus vastes à grandir (humainement parlant).

Les ensembles communautaires sont complexes. Ils ne se réduisent pas à des frontières, des statuts, mais rassemblent d’autres communautés et sont rassemblés dans d’autres communautés jusqu’à la communauté monde. Et les personnes ? Ce sont les « briques » constitutives des communautés et sont portées dans leur développement par celui des communautés d’appartenance. Quant à l’appartenance communautaire elle peut être multi-communautaire, simultanément ou successivement.

Chacun ici peut faire l’inventaire des communautés auxquelles il participe ou a participé en pointant celles qui ont une incidence majeure sur son existence, et celles où sa responsabilité est ou a été engagée.

Caractéristiques culturelles des communautés humaines

Les communautés humaines sont aux prises avec les affaires humaines. On devra ici découvrir ce que sont les affaires humaines communautaires .

Découvrons avant d’explorer :

Il n’y a d’économie que communautaire
Il n’y a d’écologie que communautaire
Il n’y a d’éducation que communautaire
Il n’y a de démocratie que communautaire

Et aussi :
La santé communautaire
Le droit communautaire,
L’Etat communautaire
La culture communautaire

Enfin il faut d’abord revenir sur le développement communautaire, étapes, domaines et méthodes.
Les algorithmes humains culturels à découvrir et mobiliser, à toutes les échelles.

Avant d’explorer ces différents volets de l’existence communautaire il faut rappeler que chaque communauté porte un Sens du bien commun qui lui est propre. Il y a des méthodes d’analyse des cohérences culturelles pour les élucider ainsi que les autres Sens qui ne sont pas le bon. Le Sens du bien commun est marqué par des indicateurs que sont les valeurs. Ces indicateurs sont de multiples formes, faits , formules, sensibilités, critères éthiques, qualités etc. Les analyses de cohérences culturelles permettent de dégager de tels marqueurs et de les formuler selon les langages et les références propre à la culture considérée.

Il y a ensuite la question du degré de maturité de la communauté. Il est évidemment hétérogène et ce sont les plus avancés et reconnus comme tels qui disent le niveau de maturité et ensuite le niveau de développement au travers des affaires communes. Grossièrement on notera le niveau archaïque souvent passionnel, le niveau primaire des pratiques et activités communes seuil de l’identité et de l’estime de soi (du nous), le niveau secondaire de rationalisation et de représentations mentales, modèles et connaissances, le niveau tertiaire de responsabilités du devenir commun au travers de différents rôles qui supposent discernement et détermination.

Le développement communautaire et les affaires humaines

L’écologie communautaire

Éco : ici, la maison commune soit l’environnement propre à la communauté, environnement commun.

L’écologie est la gestion de cet environnement commun en fonction donc du développement communautaire. Cet environnement commun doit être désigné pour chaque communauté et communauté de communauté. Un environnement universel n’est plus maison commune mais risque d’être conçu comme système naturel où l’humanité est soit une chose parmi les choses soit le mal en face d’un bien celui d’une nature déifiée.

Peut-on alors parler d’éco système culturel ? Oui car la théorie des système n’est qu’un instrument d’analyse et pas la description d’une réalité. Il serait utile de faire le rapprochement avec le concept de management qui consiste à tenir le ménage de la maison commune. Le management de l’éco-système communautaire est une activité qui sera à la mesure du degré de maturité et fonction de la culture propre à la communauté. Là aussi la généralisation universalisante est une déshumanisation que des humains assènent à d’autres humains.

Le management (ménagement, aménagement) de l’éco système communautaire est une dimension du développement communautaire, la dimension écologique.

On n’oubliera pas que les communautés sont intriquées les unes avec les autres des plus petites ex : écologie familiale aux plus grandes, écologie mondiale, c’est-à-dire de la communauté mondiale des humains (ne pas oublier la question de la culture et de la maturité de chaque communauté)

L’économie communautaire

Une définition : la production et l’échange de biens et services communautaires. Une formule familière banale sauf si on appelle biens ce qui contribue au Sens du bien commun et services ce qui le sert. Ainsi la subsistance et toutes les activités qui concourent au développement communautaire sont enjeux et consistance de l’économie communautaire.
L’économie communautaire est culturelle et non universelle même au très grande échelle. Ce n’est certainement pas un système naturel dont le fonctionnement serait a-culturel donc déshumanisé. On notera que les communs sont souvent envisagés sous ce dernier paradigme oubliant les communautés humaines qui fondent quelque commun que ce soit.

On imagine aisément les activités économiques intra communautaires et extra communautaires pour chaque communauté. Il faut ajouter ici la question de la valeur et de la monnaie des changes (d’échange). La valeur est la mesure d’une contribution au développement du bien commun selon une « échelle de valeurs » dont on a vu que c’étaient des indicateurs du Sens du bien commun propre à une communauté.

Toutes les questions économiques et financières sont à reconsidérer selon le paradigme communautaire. Pour l’explorer on imaginera ce qu’est l’économie familiale (classique du moins). On imaginera la contribution de chacun et les multiples métiers (services) compétences, responsabilités activités etc. On imaginera les rapports économiques entre communautés. Les organisations, entreprises, institutions, en tant qu’inscrites toujours dans une communauté de référence, participant à l’économie communautaire, n’y en ayant pas d’autres.

On observera que différents traits de l’économie communautaire sont en émergence dans notre contexte et les temps qui l’ont précédé avec le symbolique des monnaies locales notamment, c’est-à-dire communautaires
.

L’éducation communautaire

Le paradigme communautaire pose le Sens du bien commun comme axe de développement et d’évaluation des niveaux de maturité du grandir humain, personnel et communautaire.
L’éducation est la conduite de cette maturation progressive de la communauté et des personnes.

On notera quatre stades d’éducation. L’éducation psycho affective notamment dans les classes maternelles. L’éducation des comportements, des pratiques, des savoir faire et techniques dans des écoles d’apprentissages (le primaire notamment). L’éducation intellectuelle de la connaissance à la modélisation. L’éducation à la maitrise de soi et des affaires communes.

Bien des communautés accueillent des enfants, des débutants et préparent des majeurs et des maîtres es qualités. Toutes les communautés sont confrontées à cet enjeu d’éducation selon là où elles en sont de leur maturité.

Il faut bien noter que le paradigme de la puissance entraine à s’imposer. Le paradigme rationaliste cultive la conformité aux règles et modèles préétablis et manque la créativité et la maturité humaine. Les paradigmes systémistes naturalistes réclament adaptation des comportements réduits à la liberté de l’enfance sous tutelle.

Le paradigme communautaire engage personnes et communautés dans la voie (culturelle) de leur développement et de l’accomplissement de leur vocation singulière.

La démocratie communautaire

La cité (polis) est le lieu du politique. Le politique est donc la gouvernance de la communauté, des communautés de communautés à toutes les échelles.

Cette gouvernance porte notamment sur les sentiments et passions partagées. La démocratie émotionnelle celle de l’opinion publique et des passions en est la dimension la plus archaïque. Celle favorite du paradigme de la puissance et de la démagogie.

La gouvernance porte sur les activités communes, écologiques, économiques, etc.. La démocratie participative correspond à ce niveau de maturité et concerne tous ceux qui prennent part à la vie pratique de la communauté.

La gouvernance porte sur les représentations communes, projets, lois et règles, stratégies et perspectives qui réclament une maîtrise intellectuelle des problèmes communs . La démocratie représentative représente les multiples situations ou communautés qui doivent être intégrées dans « les représentations communes » Les communautés se dotent d’institutions à leur service pour contribuer avec les représentants à cette dimension de la gouvernance. Le paradigme rationaliste idéaliste renverse la démocratie se portant comme tutelle de la communauté à la place de ses représentants

La gouvernance porte enfin sur le repère du Sens du bien commun. La démocratie élective vise à élire une personne qui l’incarne par son charisme, son discernement et sa détermination. L’élu de la communauté dit le Sens mais n’agit pas. Il dit le Sens aux représentants qui organisent les participations et veille à ce que les passions se trouvent encadrées.

Ce schéma de la démocratie communautaire vaut à tous les niveaux des communautés humaines. On notera le désordre des conceptions du politique dans la crise qui est en cours de dépassement et souvent l’inanité des propositions supposées démocratiques. Pas de démocratie sans communautés et selon le niveau de leur maturité. La France a un problème de déni des communautés selon les rationalités de l’Etat jacobin et son administration.

La santé communautaire.

Un interdit culturel français. Une version avec le paradigme de la puissance. La santé c’est la lutte contre le mal, une affaire de pouvoir et de puissance avec les troupes, les mœurs et les moyens du combat et le combat partisan.

Une version avec les paradigmes systémiques naturalistes la santé est un ensemble de procédures (régimes) d’adaptation, de réparation des dysfonctionnements avec élimination finale des déchets. Une question économique et écologique qui veulent garder leur domination idéologique.

Le rationalisme idéaliste fait de la santé une affaire de techniques, d’exercices normalisés, affaire de spécialistes, de corps constitués, celle d’un corps et ses fonctions à entretenir.

La santé communautaire une définition Wikipédia : La santé communautaire est un domaine de la santé publique qui implique une réelle participation de la communauté à l’amélioration de sa santé : réflexion sur les besoins, les priorités ; mise en place, gestion et évaluation des activités.

C’est donc une affaire commune, culturelle même, qui suppose une participation (démocratie participative) un certain niveau de maîtrise de la communauté. Elle s’inscrit parmi les autres composantes du développement communautaire. N’y aurait-il pas une certaine pertinence dans le rapport à la pandémie actuelle tant pour les différentes nations impactées que pour les différentes régions, communes et communautés de tous ordres. Toutes les communautés sont interpellées et appelées à cultiver leur maitrise humaine de la santé commune. Les autres paradigmes cherchent à s’imposer mais sont tous défaillants.

Le droit communautaire.

Le droit coutumier a toujours été celui de communautés qui se dotaient de règles issues de l’expérience collective et de sa maturation avec comme orientation le Sens du bien commun.

Dans le paradigme de la puissance le droit relève du rapport de force soit pas son imposition par un pouvoir dominateur, soit par cette supposée démocratie où l’arithmétique fait loi grâce aux influences démagogiques.

Dans le paradigme rationaliste idéaliste, le Droit est règle de la Raison. Supérieure, universelle, exigeante mais déshumanisée impersonnelle et à-culturelle. C’est le droit de l’Administration centrale qui « fait la loi », au nom de l’intérêt général qui est la Raison d‘Etat.

Le paradigme systémiste naturaliste lui se réfère à des lois naturelles et tente de les imposer. Ce droit naturel déshumanisé ne s’impose que par la volonté des idéologues qui s’y réfèrent. Ils ne sont pour rien dans les lois de la nature des choses, lois supposées absolues, mais pas dans leur formulation, explication et tentatives d’imposition. C’est là leur contradiction.

Enfin le paradigme communautaire centré sur l’élucidation et la culture du Sens du bien commun établi des règles comme modèles résultant d’une intelligence des dispositions souhaitables pour le développement des personnes et de la communauté. Ses lois ne sont pas absolues mais relatives à la communauté, sa culture, son niveau de maturation et d’empowerment. Le droit est donc centré sur la communauté et participe à son développement et sa culture et ce à toutes les échelles communautaires. Pas de droit universel même s’il existe un droit de la communauté mondiale.

L’Etat communautaire

Qu’est ce que l’Etat dans une communauté humaine ? Cette question est particulièrement sensible en France. Elle l’est de par les caractéristiques de la culture française et la prégnance de la pensée rationaliste qui relève tant du paradigme rationaliste idéaliste qui fait de la Raison la vertu suprême que du paradigme de la puissance qui a déifié la Raison en son temps.

L’Etat de la puissance ce sont les institutions qui exercent le pouvoir pour le compte de politiques qui le détiennent. Institutions, parti, et même structures intermédiaires qui tiennent en respect les populations et autres organisations. C’est le cas de l’Etat jacobin notamment ou des pays où le parti tiens le pouvoir.

L’Etat de la Raison idéale exerce le magistère de la Raison supérieure. il regroupe les plus compétents dans la capacité de formalisation et de conformité. De ce fait sa Raison d’Etat est dite l’incarnation de l’intérêt général et donc s’impose de lui-même aux hommes qui sont déterminés par ses normes et ses « hauts » fonctionnaires.

Le paradigme systémiste naturaliste (économique et écologique), ne reconnaît pas l’autorité d’un Etat mais seulement d’un organisme dédié à la gestion des obligations déterminées par les lois de la nature (économique ou écologique) genre ONG.

Le paradigme communautaire fait de l’Etat une institution destinée à contribuer à l’élaboration de représentations mentales (formulations, modélisations, etc. sous la gouverne de la démocratie élective pour le Sens et représentative pour la co-élaboration des formalismes et leur indication pour la démocratie participative et ses acteurs. L’Etat n’a aucun pouvoir par lui-même. L’administration signifie étymologiquement « pour le service ».

La culture communautaire

Cultiver le Sens du bien commun propre à la communauté. C’est cela la culture. Elle exprime et réalise le développement communautaire porté par les personnes qui la constituent. Ce développement se traduit par le fait de grandir en maturité passant par les archaïsmes primordiaux, les habiletés et savoir faire, les connaissances, langages et représentations intellectuelles et enfin une vocation politique tant pour elle que pour les autres communautés impliquées.

On rappellera que les valeurs, indicateurs du Sens du bien commun, constituent l’échelle (culturelle) d’évaluation de toutes les activités de la communauté culturelle. Tous les projets et réalisations se construisent sur cet axe et selon ces valeurs dont la valeur est la mesure.

On notera ainsi que dans le monde d’une communauté tout est culturel : la conception et les rapports avec la nature ou l’environnement, les talents pratiques et comportements, les élaborations intellectuelles, langages et modèles.

Si on reconnaît que chaque communauté culturelle développe une façon d’agir qui lui est propre, que cette façon d’agir se déploie selon des modèles et des vecteurs spécifique alors on peut parler d’algorithmes culturels des communautés humaines. Ils peuvent être mis en évidence par une analyse de cohérence culturelle, et peuvent être construits et mis en oeuvre pour tous les projets et réalisations que la communauté juge bon d’engager.

Reste à souligner que chaque communauté humaine dès lors qu’elle est engagée dans le Sens du bien commun développe spontanément une culture qui l’enrichit et dont elle développe la maîtrise.